—Salut! dit-il en touchant de la main son béret.
Et déjà il commençait à s’excuser de «la liberté grande». Je l’interrompis:
—Il n’y a pas d’offense. Au contraire. Vous pouvez même me rendre un service. Dans quelle partie du village, s’il vous plaît, se trouve le corps de garde des douanes?
—Foi de Dieu! répondit-il, je vais par là, et vous conduirai jusqu’à la porte, si vous voulez bien.
Il sauta lestement de son talus et nous nous mîmes à cheminer côte à côte.
—Gageons que vous êtes le nouveau lieutenant, reprit-il dès les premiers pas.
—En effet. Et vous, vous êtes marin, sans doute, de votre état?
—Heu! murmura-t-il avec un hochement de tête, je suis surtout un pauvre diable. Tous les métiers et pas un gagne-pain. Voyez-vous, dans ce pays-ci, il n’y a plus rien à faire qu’à misérer. Et, sauf votre respect, c’est vous, les douaniers, qui vous êtes abattus sur lui comme une malédiction. Droit de fraude, droit d’épave, vous nous avez tout enlevé. Si du moins le gouvernement nous faisait des rentes comme à vous! Car c’est un argent facilement gagné que le vôtre. Flâner le long des grèves, en fumant des pipes, lézarder à plat ventre dans le gazon, sous les étoiles, si le temps est clair, et, s’il pleut ou s’il fraîchit, dormir, les pieds au chaud, dans le varech séché des huttes de guet, ça n’est pourtant pas si malin, avouez-le.
—N’empêche qu’on y laisse souvent sa peau, répliquai-je.
—Oui, des rhumatismes! Des maladies de nobles!...