Elles étaient deux,—l’une, grave, avec une pointe de rudesse,—l’autre, d’intonation plutôt stridente. Et voici ce que je perçus de leur colloque:
—... Oui, disait la première, cette année, c’est mon frère Barthel qui viendra pour le règlement de comptes. Je lui ai écrit qu’il se fasse débarquer en canot, tandis que son navire croisera au large des Sept-Iles. Tu attendras ici qu’il heurte à la dalle, selon l’usage.
—Parfaitement, opinait la seconde voix; trois coups de talon dans la pierre et le mot de passe: Miserere mei, Domine, miserere mei... Je connais mon bréviaire.
—Quant au signalement, le même que pour mon frère Thos: la vareuse de mer, les bottes, le suroît, le foulard de coton rouge...
—Et masqué, comme toujours?
—Parbleu!... veille à nous l’amener sans encombre, et surtout n’oubliez pas de hurler tous deux le Miserere des grèves durant le trajet.
—Soyez tranquille, maître! Je puis bramer à moi seul autant que trente-six curés. Et les gens qui auront à traverser l’anse du Treztêl, en cette nuit du 15, détaleront ferme, je vous promets: ce n’est pas quelques spectres qu’ils s’imagineront avoir à leurs trousses, mais tout le Purgatoire, ma parole, et l’Enfer avec, par-dessus le marché!... Vous tâcherez là-haut, en revanche, qu’il reste de quoi désaltérer les chantres?
—Oui, oui. On ne commencera pas sans vous le pardon de la Fraude... Et, à ce propos, rappelle-toi qu’il y a la bonne femme à repeindre, la table à dresser, le couvert à mettre...
—Je veux perdre ma part d’associé, si tout n’est pas en état avant votre retour. Quand revenez-vous?
—Une semaine me suffira, j’espère, pour faire rentrer tous les fonds.