Elle surprit mon regard arrêté sur elle et n’acheva point. A ce moment le capitaine qui, la manœuvre d’appareillage terminée, s’était approché par derrière à pas de loup, lui toucha brusquement l’épaule. Et, avec une rudesse familière où perçait toutefois quelque déférence:

—Hein! la Marie-Ange, voilà ce qui s’appelle s’embarquer au saut du lit!

Elle sourit; ses dents de nacre humide perlèrent comme des gouttes de rosée entre ses lèvres décloses.

—J’étais peut-être levée avant vous, ne vous déplaise, Joachim Miniou.

—Qu’est-ce qu’il y avait donc à Molène, ces jours-ci? Vous n’y êtes pas venue, j’imagine, pour manger des berniques.

—Non, grand curieux!... c’était pour boire du vin chaud.

Le «vin chaud», en Bretagne, est le breuvage traditionnel avec lequel on trinque à l’heureuse délivrance des femmes en couches. Une cousine de Marie-Ange, établie à «l'île chauve», avait mis au monde, l’avant-veille, un enfant superbe, «un gars de neuf livres, Joachim!...» Alors, comme elle était la marraine désignée, dame! elle avait dû prendre «ses cliques et ses claques», quoique ça la dérangeât en cette saison, à cause de ses petits pois qu’elle avait à battre au fléau.

Ils ne plaisantaient plus ni l’un ni l’autre maintenant, conversaient ensemble amicalement, d’un ton posé, elle, la tête un peu renversée, lui, le coude appuyé au mât.

—Et Jean? s’informa-t-il. Est-ce que cela va, le homard?

Elle eut comme un subit éclat de soleil dans les profondeurs mouillées de ses yeux d’aigue-marine.