Il ne répondit pas, mais l’ample vêture noire de la jeune fille parla pour lui. Sous le capuchon de la mante de deuil qui l’enveloppait toute, son pâle et sérieux visage avait le reflet incertain d’un clair de lune entre des nuées. Elle s’était approchée jusqu’au pied du lit et s’y tenait immobile, les cils baissés, dans le cadre des deux colonnettes. Des larmes me montèrent aux yeux,—sans que je pusse démêler quelle cause exactement les faisait sourdre, si c’était la reconnaissance ou la pitié, le repentir ou l’adoration. Tous les sentiments se partageaient à la fois mon cœur; j’eusse voulu l’étaler à nu devant elle, lui dire:

—Voyez comme il souffre de votre souffrance et comme votre amour l’emplit!

Mes lèvres s’agitaient convulsivement. Elle mit un doigt sur les siennes, et, d’une voix lassée, d’une voix morte:

—Le ciel soit loué!... La fièvre est vaincue. Vous n’avez plus besoin que de ménagements... Votre mère, qui repose dans la pièce à côté, sera heureuse de l’apprendre. Je vais de ce pas la prévenir... Adieu, monsieur!

J’eus l’impression d’un froid subit, comme d’une grande ténèbre qui tombait. Grave et lente, de sa muette démarche d’ombre, la jeune fille avait gagné la porte.

—De grâce, suppliai-je, éperdu, ne vous en allez pas!

Elle s’était retournée au cri. Dans ce mouvement, sa cape glissa, et je vis qu’elle avait le front ceint d’un bandeau blanc, à la manière des nonnes. Ainsi que dans mon rêve de naguère, elle m’apparaissait soudain dépouillée de son nimbe et découronnée. Je m’enfouis la figure dans les mains. Il me sembla que je sombrais, par une nuit sans astres, au fond d’une mer sans bornes... Quand je sortis de cette prostration, ma mère était à genoux contre le rebord de mon lit, et priait.

—Alors, c’est vrai?... Elle est partie... partie! sanglotai-je.

Ma mère se signa et répondit:

—Elle n’attendait que ta guérison, mon enfant, pour prononcer les derniers vœux.