—Me reconnaissez-vous, lieutenant?
Je distinguai des traits rudes, un fourré de barbe brune, des yeux d’un bleu enfantin.
—Bonjour, Quéméner!... Expliquez-moi un peu... Que faites-vous là?
—Gardien de séquestre, donc... et votre infirmier, par-dessus le marché... Vous l’avez échappé belle, savez-vous?
Et, joyeusement, il héla:
—Arrivez, mademoiselle Véfa, ça y est: le mauvais cap est doublé.
Véfa... Ce nom, prononcé tout à coup, produisit en moi l’effet d’un «Sésame». Les portes du passé se rouvrirent. Comme à la rupture d’un barrage, les souvenir affluèrent, tumultueux, pressés, bondissants. En un clin d'œil je revécus tout: Tomé, le souterrain, la sinistre étape au chant du Miserere, les «Vêpres» impies, la scène avec Lézongar, et l’incendie enfin, le rouge incendie où, telle qu’une incarnation démoniaque, la hideuse idole barbare trônait...
A l’appel du brigadier, cependant, une deuxième silhouette,—féminine, cette fois,—s’était levée des profondeurs de la chambre. Et, sitôt que je l’eus vue s’avancer, mince et souple, dans le frôlement harmonieux de sa longue robe, il me sembla que c’étaient la lumière et la résurrection et la vie qui venaient. Chacun de ses pas, d’une légèreté tout aérienne, éveillait dans ma poitrine un émoi de plus en plus délicieux, de plus en plus fort. Cramponné au bras de Quéméner, j’avais réussi à me mettre sur mon séant.
—Voici celle qui vous a sauvé, me dit-il à l’oreille. C’est elle qui, la première, a senti la fumée; elle qui, par son empire sur Treïd-Noaz, a obtenu qu’il fît jouer le panneau; elle qui, depuis lors, trois semaines durant, sans un répit, sans une plainte...
—Et... l’autre? questionnai-je.