Mais chanter dehors, sur le pont, à pleine voix?... Je me tournai vers mon frère, comme pour lui demander conseil.

Il était assis sur le plat-bord, les jambes pendantes, cramponné d’une main à la drisse du grand mât... Dans le branle-bas de la matinée, je n’avais guère eu le loisir de faire attention à lui... Sa pâleur me frappa. Sous la mince couche de hâle qui recouvrait ses traits jeunes, il avait la mine verdâtre d’un noyé... Une angoisse me prit. Et sans doute la lut-il dans mes yeux, car, raidissant sa taille courbée, il se mit à rire et dit avec enjouement:

—Voyons, ne te fais pas prier, Jean-René... Puisque pourtant c’est Pâques, tu nous dois au moins un alleluia.

Ses joues, en parlant, s’étaient colorées. Les autres firent chorus avec lui:

—C’est ça, oui, un alleluia.

—Tiens, continua Guillaume, il y a un cantique de Pâques... c’est en latin et je ne sais plus par quels mots cela commence... mais, si tu te rappelles, on nous racontait, quand j’étais petit, que c’étaient les anges qui l’avaient inventé et que, durant tout le temps qu’on mettait à le chanter, il y avait trêve pour toutes les douleurs, en ce monde-ci et dans l’autre, même pour celles des damnés.

—Tu veux dire l’O filii et filiæ?...

—Précisément... Vas-y, Jean-René. Lance-nous ça de la belle manière. Qu’on t’entende, si possible, jusque là-bas. Ça leur fera plaisir comme à nous.

Il montrait les silhouettes lointaines des navires de pêche mouillés à l’horizon.

—Oui, appuya le capitaine, fais honneur à la Miséricorde!