—Écoute!...
C’est comme un angélus voilé ou comme un glas de songe. Il y en a qui y voient un intersigne, et ils deviennent subitement tout pâles. J’ai connu un homme de Plougrescant qui en reçut au cœur un coup si fort qu’il fallut le transporter dans la cabine. C’était pourtant un colosse, avec des membres énormes. Il se mit à bégayer des choses sans suite, comme un enfant, et trépassa sans avoir recouvré ses esprits. Cette campagne était la première qu’il faisait: ce fut la seule. Sa mort, je me rappelle, nous frappa.
Quand je dis qu’il n’y a point de cloches à Islande, j’ai tort: chaque navire a la sienne; mais celles-là, il ne fait pas bon les entendre. Elles ne sonnent d’ordinaire que par temps de brume, ou les jours de grosse mer, à bord des goélettes en perdition. C’est le tocsin de détresse, l’adieu désespéré de ceux que les sentiers de la lande natale ne reverront plus. En avons-nous récité des De profundis, en regardant s’évanouir dans les ténèbres, sur des fantômes de navires, des équipages affolés tintant leur propre glas!
Oui, le rêve étrange qu’on vit là-bas est souvent traversé d’affreux cauchemars.
Il est heureux, somme toute, qu’on soit, durant les mois de pêche, comme des âmes engourdies, et qu’on n’ait conscience de rien, pas même de la fuite des jours.
Qu’il se fût écoulé six semaines depuis le soir de février, noyé de pluie, où nous avions pris congé de nos femmes, sur les quais de Tréguier, parmi les sacs de sel, les fourniments de toutes sortes et les coffres, nous nous refusions presque à le concevoir.
Le capitaine Guyader appuya son doigt sur le calendrier.
—Lis, Kerello, me dit-il.
Et je lus, immédiatement au-dessous de la dernière date biffée:
Samedi, 14 avril, Saint Tiburce.