»—Mais, Seigneur, objecta le saint, embarrassé, vous savez bien que je suis pêcheur de mon état et que je n’ai jamais fauché.
»Jésus sourit:
»—Bah! fit-il, tu t’en tireras peut-être mieux que tu ne penses.
Pierre se résigna, saisit une des faux qui étaient là, appuyées au talus. Il s’y prenait fort mal, et les faucheurs se moquaient entre eux de sa gaucherie. Ils ne se moquèrent pas longtemps. Car la faux n’eut pas plus tôt touché l’herbe que, s’échappant des mains de Pierre, elle s’élança, comme vivante, décrivant de larges courbes, promenant d’un bout à l’autre de la prairie le vif éclair de son tranchant d’acier. En un clin d’œil tout fut fauché, et proprement, je vous prie de le croire. Voilà.»
Cela est conté d’un ton de douce bonhomie, par petites phrases, tout en sirotant la «prunelle», sous les regards croisés des deux papes, dans la salle basse où des insectes de nuit, entrés par la fenêtre ouverte, commencent à voleter. Et l’on sent que le recteur de Motreff se délecte ingénument à ces vieux récits, qu’il en goûte la saveur populaire, le charme fruste et patriarcal. Il a conservé la simplicité de cœur d’un fils des champs qui, comme il dit lui-même, a gardé les moutons avant de devenir pasteur d’hommes.
Mais voici Léna. Elle accourt de son menu trot silencieux.
—Monsieur le recteur, Pierre Tanguy est là qui vous demande de bénir la première gerbe pour le feu de Croaz-Houarn.
—Parfaitement, Léna, parfaitement.
Il en a déjà béni vingt-cinq autres, dans l’après-midi. Au milieu de la cour, un paysan de fière stature est debout, tenant un fagot d’ajonc sec fixé aux pointes d’une fourche.
—Eh bien! Pierre, tu vas, je pense, faire un beau tantad[8] en l’honneur de ton parrain céleste? s’informe le prêtre en signe de bienvenue.