—C’est cela! dis ta gwerz, la gwerz du feu! crie la foule au tailleur de Croaz-Houarn.
Et, sans cesser de brandir son tison, il commence... Et voici que, de la poitrine étriquée de cette espèce d’avorton, s’élève une voix superbe, d’un registre si mâle, d’une sonorité si ample que ses accents font vibrer, au loin, les murs de ténèbres de la nuit. Il chante:
Holà, pôtred! Holà, merc’hed!
Lêzet ho coan hanter dêbred;
Lêzet ar loa ’bars er scudel,
Rag arri ê an noz zantel.
Me wêl arri noz an tâniou,
Sklerijen vraz er meneziou;
Tâniou sant Yann, tâniou sant Pêr.
Grêt-hu peb hini ho téver!
Bars er scudel lêzet ar loa.
Eur bar keuneud d’ec’h var bep skoa;
Neb vô an divéza fennoz
Vo ’n divéza er Baradoz...
Holà, garçons! Holà, filles!—Laissez votre repas à moitié mangé;—Laissez la cuiller dans l’écuelle;—Car elle arrive, la nuit sainte.—Je vois venir la «nuit des feux»;—La grande clarté sur les montagnes;—Feux de saint Jean, feux de saint Pierre...—Faites chacun votre devoir!—Dans l’écuelle laissez la cuiller;—Jetez un fagot sur chaque épaule;—Celui qui restera le dernier cette nuit—Sera le dernier au paradis.
La sueur coule du front du chanteur. Il s’éponge du revers de sa manche, s’arrête un instant pour souffler, tandis que l’assistance répète en chœur ce verset d’allure biblique, où flambe la vision du haut paysage nocturne, illuminé par les tantad: