Voici venir la nuit des feux,
La grande clarté sur les montagnes!...
—Hardi! hardi! pôtr ar vesken[10], prononce en guise d’encouragement Pierre Tanguy.
Et le petit tailleur repart de plus belle. Il montre les gens des métairies, chefs de maison, ménagères, bouviers, charretiers, servantes, et jusqu’aux enfants à la mamelle, grimpant en files interminables vers les «placîtres consacrés». Il énumère tous les lieux de Motreff que des bûchers couronnent cette nuit, «semblables à des tours»; il célèbre spécialement le bûcher de Croazo-Huarn, qui est au-dessus des autres «comme le clocher de l’église au-dessus des toits du village»; il dit la splendeur du brasier, les étincelles tourbillonnant «comme une danse d’étoiles», les portes du ciel s’ouvrant «avec le bruit d’une musique», et saint Pierre debout sur le seuil, sa grande barbe blanche au vent, bénissant les terres du domaine, promettant à ceux qui les cultivent toutes les prospérités.
Répandez la cendre du tantad,
Vous verrez pousser la semence!
Suspendez le tison calciné au chevet du lit,
Vous verrez croître les enfants!...
Celui qui a composé cette chanson
N’est qu’un pauvre homme, des plus humbles,
Herri Rohan, tailleur de son état.
Il a chanté pour le tantad.
Qu’une vieille à présent récite les «grâces»,
Et faisons tous le signe de la croix.
Sur cette invitation à la prière se termine la chanson du tailleur. Il était temps qu’elle prît fin, car le petit homme est à bout de force. Ses tempes ruissellent, ses cheveux pleuvent. Il n’en redresse pas moins son buste court sur ses jambes en forme de parenthèse, et dans son regard une fierté brille, quand, par manière d’applaudissement, la foule s’écrie d’une seule voix:
—Que la bénédiction de saint Pierre soit sur Herri Rohan!