Devant le tas de braise qui illumine encore d’un rayon mourant le placître de Croaz-Houarn, une fillette à genoux marmotte très vite, avec une sorte de glapissement aigu, une série d’oraisons en langue bretonne. A genoux aussi, l’assistance donne les répons.

C’est la prière autour du tantad.

Pour être plus entièrement à leurs dévotions, les mères ont posé à terre leurs nourrissons enroulés dans leurs tabliers.

Je demande à quelqu’un, tout bas:

—Ce n’est donc pas le vicaire qui dit les «grâces»?

—Le vicaire? fait-il étonné. C’est un prêtre serviable et un excellent homme, mais il n’est pas du quartier, que je sache; il n’a rien à voir ici.

Et il m’explique complaisamment qu’ils sont très religieux dans le clan de Croaz-Houarn, qu’ils tiennent leur clergé en très grande estime, qu’aux quêtes annuelles ils lui réservent le meilleur accueil, mais qu’il y a des cérémonies qui ne se doivent pratiquer qu’entre gens des mêmes parages, à l’exclusion de tout étranger. Cela s’est toujours fait ainsi: agir autrement, ce serait aller contre la loi des ancêtres. Est-ce qu’on invite le prêtre à la «nuit des morts», le soir de la Toussaint, à moins qu’il ne soit de la famille? Eh bien! à la «nuit des feux» on ne l’invite pas davantage. Libre à lui d’y venir en qualité de simple spectateur, si bon lui semble; mais quant à y participer, non pas!

Je lui objecte qu’en Trégor, c’est le recteur, en surplis, l’étole au cou, qui met le feu au bûcher.

—C’est donc que les Trégorrois, riposte-t-il, ne respectent plus les vieux usages. Nous, de la montagne, pour rien au monde, nous n’y voudrions manquer. Au plus ancien du pays il appartient d’allumer le tantad; à la plus ancienne il appartient de réciter les grâces.

—Comment se fait-il que ce soit une enfant?...