Il me montrait de la pointe de son bâton une échappée de landes bleuâtres fuyant vers le sud entre deux croupes de terres hautes, telle, en effet, qu’un bras de mer entre deux promontoires.
—Il y a même des phares, répliquai-je en désignant des feux lointains qui brûlaient encore.
Il s’enfonça sous les arbres du verger. Je restai seul à veiller dans le vieux logis presbytéral. J’approchai une table de la fenêtre et, moitié à la lueur d’une bougie, moitié à la clarté de la lune, je me mis en devoir de consigner sur mon carnet de route les péripéties de la soirée. Autour de moi, c’était un silence absolu, féerique, un silence d’enchantement. La voie lactée dormait aux plages du ciel comme ces rivières marines qui miroitent épandues parmi les sables. De temps à autre, une étoile innomée s’épanouissait, décrivait une courbe brusque, phosphorescente, et replongeait dans l’inconnu. Je ne pouvais lever la tête sans voir naître ainsi et sombrer des mondes. Un propos entendu sur le lieu du tantad me revint à l’esprit.
C’était au moment de la débandade. Une fermière, en prenant congé d’une autre, lui avait dit:
—Allons, Dieu merci, la nuit sera limpide, Marie-Jeanne.
Et Marie-Jeanne avait répondu:
—Oui, l’on verra passer les âmes.
—Tâchez d’en compter beaucoup.
—Et vous aussi...
Douces et poétiques croyances!... Chaque étoile qui file est une ombre qui se libère, qui émigre des bas-fonds expiatoires vers les sphères de la félicité. La «nuit des feux» en est labourée, de ces blancs sillages d’âmes volantes, d’âmes délivrées. C’est la saison d’amnistie, de clémence divine, d’universel pardon. Péchés d’autrefois, souillures anciennes, la flamme qui court de sommets en sommets a tout épuré. Saint Pierre, si rude d’ordinaire, se fait accueillant. Pénètre qui veut au paradis; les portes en sont grandes ouvertes. Filez, étoiles! Passez, défunts!