Soudain, tout bruit se tut. Quand, de clochers en clochers, les douze coups de minuit tintèrent sur les montagnes, le vaste paysage nocturne s’était déjà recouché dans le silence et l’immobilité.
Je me disposais à en faire autant, lorsqu’on heurta discrètement à ma porte. Je n’avais entendu ni entrer dans la maison, ni gravir l’escalier. J’ouvris, non sans trouble. Ce n’était que le vicaire.
—Trop tard! me dit-il.
—Vraiment?... La pauvre vieille...
—Je l’ai trouvée morte, un emplâtre de cendre sur la poitrine.
DANS LE “YEUN”
RÉCIT DE NOËL
Entre le vieillard et l’enfant, dit
le proverbe, il n’y a que la vie. Et
la vie est si peu!...
Parmi les récits de Noël qui ont bercé mon enfance, je n’en sais pas de plus triste que l’«histoire de l’enfant du Yeun».
Le Yeun est un vaste marais à demi desséché, une espèce de tourbière immense, d’aspect funèbre, qui s’étend à perte de vue au pied du Ménez-Mikêl, sur le revers méridional des monts d’Arrée. C’est de tous les paysages de la Bretagne intérieure le plus grandiose et aussi le plus sauvage que je connaisse. L’été, la steppe marécageuse s’étale au soleil, verte ou rose, violette ou blonde, suivant les caprices de la lumière; des bruits d’insectes, le froufroutement ailé, dans les joncs, d’une sarcelle ou d’un pluvier, troublent à peine l’absolu silence. L’hiver, elle se transforme en un lieu de sabbat où se rue le troupeau mugissant des tempêtes; elle devient alors une sorte d’arène sinistre ouverte à tous les vents, qui s’y étreignent, et luttent, et râlent, avec des clameurs désespérées, d’épouvantables hurlements.
On se demande comment des hommes peuvent accepter de vivre au milieu de ces horizons farouches, dans cette nature sombre et déshéritée.