Tout le jour, toute la nuit, le vent de l’Atlantique s’engouffrait dans les gorges de la montagne, puis, rencontrant les libres espaces du Yeun, s’y donnait carrière comme une taure affolée, avec des plaintes, des cris, des meuglements, de grands appels rauques, des bruits immenses et mystérieux.

Parfois, il semblait que la maison oscillât, tournât sur elle-même, ainsi qu’une barque en détresse sur une mer démontée. Les vieilles ardoises du toit claquaient de peur, les armoires s’ouvraient sans qu’on sût comment, et les poutrelles de la charpente, prises d’une sorte de fièvre, se mettaient à trembler. Ces soirs-là, Liettik, qui avait son lit creusé comme une tanière de bête dans la cage de l’escalier, restait, des heures et des heures, étendue sur sa couchette de balle d’avoine, sans faire un mouvement, regardant de grandes choses noires se mouvoir dans les ténèbres, qui la terrifiaient, et n’osant non plus fermer les yeux, à cause des lumières étranges qui se glissaient alors sous ses paupières et s’y livraient à des sarabandes effrénées: elles montaient, descendaient, se croisaient, s’emmêlaient, pareilles à de gigantesques araignées de feu.

Ces épouvantes n’étaient pas les seules. L’enfant eût souhaité devenir aveugle, mais plus encore eût-elle souhaité devenir sourde; car ce qu’elle croyait voir n’était rien auprès de ce qu’elle s’imaginait entendre. Les mille voix de la tourmente la glaçaient d’horreur. Elles retentissaient à son oreille, pleines de menaces...

Jadis,—il y avait de cela trois ou quatre ans,—le loquet de la porte avait été remué comme par quelqu’un demandant qu’on lui ouvrît. Bleiz-Ar-Yeun avait crié à la petite, du fond de son lit clos, près de l’âtre:

—Liettik, levez-vous et tirez le verrou à celui qui loquète.

Vite, elle avait sauté hors de son trou sombre, avait passé son jupon de tricot, avait couru ouvrir, toute grelottante.

Et voilà qu’au dehors il n’y avait personne. Personne ni rien, si ce n’est le marais, bleuâtre—au loin—sous la lune, avec des vapeurs, de grandes formes blanches qui fuyaient, éperdues, à fleur de sol, fouettées par des lanières invisibles.

Liettik avait dit à mi-voix:

—La route est vide, père.

—C’est bien, avait répondu le maître de Corn-Cam, recouchez-vous...