Puis, se retournant vers sa femme, il avait grommelé:
—Il a toutes les ruses, ce diable de vent!
Cette parole quelconque s’était gravée, comme au fer rouge, dans le cerveau simple de Liettik. Et le vent, depuis lors, était demeuré pour elle un être énigmatique et fantomal, un personnage ambigu, ni vivant, ni mort, une espèce de vagabond farouche, de Juif errant de l’espace, fait de ténèbres animées et hurlantes, ennemi des arbres, des maisons et du candide sommeil des enfants.
Puis, cette clameur sauvage, c’était comme le râle du «vieux», élargi, infinisé, étendu à toute la nature. De sorte que Liettik en était arrivée à concevoir le monde sous la forme d’une tourbière immense, baignée, l’été, d’un trop rapide soleil, peuplée, le reste du temps, de figures grimaçantes, de monstres bizarres et inquiétants, de pauvres petites âmes en détresse. Elle tâchait de se distraire de ces pensées en songeant au paradis. Mais c’était si loin, le paradis, et si haut! D’ailleurs, elle trouvait assez déplaisant d’y aller, comme grand’maman Radégonda, dans une caisse. Elle souhaitait, quant à elle, de s’y rendre à pied, en compagnie de son bon ange, de ce bon ange qu’elle invoquait sans cesse, à qui elle faisait confidence de son martyre, dans ses prières du soir, et qu’elle eût voulu plus visible, afin qu’il la rassurât mieux, dût-elle ne voir de lui que le bout blanc de son aile.
Un matin, elle s’éveilla, tout heureuse, après s’être endormie en larmes. Dans l’intervalle elle avait «rêvé gai»; et, sur les pas des beaux rêves, sourdent parfois des joies obscures qui vous inondent le cœur... Il était tombé de la neige pendant la nuit,—une pâle neige d’occident, répandue comme une poussière de diamant sur les choses. Le Yeun était magnifique à voir, paré de toute cette blancheur.
Le vent s’était tu.
Liettik alluma le feu, prépara la soupe du père.
—Quel temps fait-il? demanda celui-ci en s’étirant.
—De la neige partout, répondit l’enfant... Partout, partout, insista-t-elle.
Et sa petite figure chétive rayonnait presque.