IV

Ici, les vieilles qui contaient cette histoire, au temps de mon enfance, avaient coutume de dire en guise de péroraison:

—Telle fut l’«assomption» de Liettik. Dieu ait son âme dans ses joies.

...Il y a quelque deux ans, voyageant dans la Bretagne intérieure, j’arrivai à la fraîcheur du soir dans la pauvre bourgade de Saint-Riwal, après avoir vagabondé tout le jour sur les crêtes et dans les ravins de l’Arrée. J’y trouvai, ma foi, un gîte presque confortable, précisément chez un nommé Lannuzel, homme vénérable et aubergiste avenant. Curieux de savoir si le souvenir de la petite Aliette vivait encore dans le pays, je ne pouvais tomber mieux. Lannuzel l’avait connue: ils avaient été ensemble au catéchisme. Elle eût eu maintenant son âge.

—Une sainte et une martyre, me déclara-t-il dès les premiers mots.

Il se rappelait même ses traits, ses yeux tristes, couleur de tourbe brûlée, ses lèvres minces qu’elle ne desserrait presque jamais, sa figure hâve, parsemée de taches de rousseur.

—En réalité, m’informai-je, comment mourut-elle?

L’hôte secoua la tête. Selon lui, il y avait du louche là dedans, et la «justice» aurait dû être avertie.

Ce qui est certain, c’est que Bleiz-Ar-Yeun et sa femme ne quittèrent Kergombou qu’au crépuscule du matin, qu’en rentrant chez eux ils trouvèrent la porte large ouverte, et qu’ils trébuchèrent dans l’allée contre le corps de Liettik.

—Voyez-vous cette sotte! Elle se sera endormie là! s’écria l’homme, qui était un peu bu.