Neuf heures de nuit. Le couvre-feu venait de sonner. Un cavalier mit pied à terre au seuil de l'auberge. L'hôtelier parut dans le cadre de la porte, élevant un fanal au-dessus de sa tête, pour reconnaître le nocturne voyageur.

—C'est donc vous, maître Margéot? fit-il joyeusement. J'en étais sûr. Demandez à ma femme. Je lui disais à l'instant: «Il n'y a qu'un cheval pour avoir ce trot de velours.» Depuis la tournée de Guingamp, voyez-vous, rien qu'au bruit de son pas je divine Awellik… Ah! c'est une fameuse bête!… N'est-ce pas, ma mie, que nous sommes une fameuse bête?

Il avait pris la bride et, tout en jasant, il tapotait le poitrail d'Awellik.

—Veille à ce qu'elle ne se refroidisse point dans ton affreuse écurie, et fais-lui donner un picotin d'avoine. Sois prompt, Dollo! j'ai à te parler.

Laissant son cheval aux mains de son ancien aide de camp, Margéot entra. «Madame Dollo»—comme on disait à Pontrieux—l'introduisit dans un étroit cabinet, dans une espèce de cellule interlope, qu'une table et deux bancs suffisaient à remplir. Il y fut bientôt rejoint par l'ex-routier.

—Dollo, commença Margéot, quand ils furent seuls, tu m'écrivais il y a quelques jours: «… Le nouveau sous-patron? rien à craindre, une fille!» Tu n'y vois pas clair, mon brave. Cette «fille» est capable de venir à bout de moi, si je n'y mets ordre. Comment l'appelles-tu, ce gringalet?

—Metzu.

—Est-il en ce moment au corps de garde?

—Je le crois.

—Va le trouver et prie-le de t'accompagner ici. Dis-lui que Margéot, de Kercabin, désirerait l'entretenir.