On sait le reste.

Grand, souple, avec de larges épaules et une taille de fille, la face rasée de frais, les yeux francs et audacieux, le nez en bec d'oiseau de proie, les lèvres sensuelles et, dans la physionomie, un mélange de rudesse et de bonté, tel apparaissait Boishardy à la lueur du feu d'ajoncs où il venait de reprendre place entre ses deux acolytes[14].

[14] Emile Souvestre, dans les Souvenirs d'un Bas-Breton (2e série), trace de Boishardy le portrait suivant:

«Les royalistes (des Côtes-du-Nord) avaient pour chef un des hommes les plus actifs et les plus entreprenants qu'ait jamais produits aucune guerre civile. Ce chef était un gentilhomme obscur nommé Boishardy, qui avait vécu jusqu'alors uniquement occupé de chasser le loup et de courtiser les jeunes fermières. Les paysans, qui le craignaient à cause de sa force et de son audace, l'aimaient pour sa franchise familière, sa gaîté et ses élans d'une brusque bonté. Il ne s'était jamais donné la peine d'être meilleur ni plus mauvais que le hasard. C'était un de ces hommes d'instinct, destinés à devenir populaires, parce qu'ils ont le bonheur d'avoir, à côté de chaque vertu, un défaut qui la rend visible aux yeux grossiers de la foule. Capables de mauvaises actions quand la passion les pousse, mais non d'une méchanceté, parce que la méchanceté suppose la corruption et le parti-pris; natures cahoteuses qui plaisent, comme les paysages accidentés et les arbres rugueux, par le seul charme de la vie et de la variété.»

Par l'entre-bâillement des volets du lit, le petit malade, réveillé, se pencha vers le groupe des chouans. Ses cheveux, couleur de paille, s'ébouriffaient autour de son visage exsangue, d'une pâleur de vieille cire.

—Vous désirez peut-être manger, fit-il. Il y a une tourte de pain de seigle dans la huche, et sur la planche qui est là-haut, suspendue à la poutre, vous trouverez dans un plat d'étain une tranche de lard fumé.

Penn-Dîr transmit cette offre au chef de bande.

—Remercie-le, répondit celui-ci. Sa politesse n'est pas à dédaigner.

L'instant d'après, ils étaient à table tous les trois. La course dans la neige leur avait creusé l'estomac; ils soupèrent avec appétit. Sur l'ordre de Boishardy, le guide interprète, sans perdre une bouchée se mit en devoir d'interroger l'enfant, traduisant en breton les questions du «maître» et en français les réponses du bambin:

—N'as-tu pas dit que tu nous attendais? Tu sais donc qui nous sommes?