—Certes, oui. Il y a trois ans, quand on faisait encore le catéchisme à l'église du bourg, j'y assistais tous les samedis. Le recteur, celui qui s'en est allé chez les Anglais, nous a souvent raconté votre histoire, et j'ai bien retenu vos noms.

—Lesquels, s'il te plaît?

—Gaspar, Melchior et Balthazar, débita l'enfant tout d'une haleine, sur un ton de leçon apprise par cœur.

—Le cher innocent! il nous prend pour les Rois Mages, murmura Boishardy.

Penn-Dîr reprit:

—Alors, ta mère t'avait averti que nous viendrions?… Mais comment a-t-elle pu te laisser seul, malade comme tu es?

—Les temps sont durs et nous ne sommes pas riches. Depuis quelques jours elle accompagne mon père, chaque soir, au manoir des Saliou, à une demi-lieue d'ici. Ils y passent la nuit à teiller du lin et ne rentrent qu'à l'aube. Ce n'est pas que ça leur plaise. Ma mère pleure toujours en m'embrassant au départ. Mais le père lui dit: «Il le faut! il le faut!» Et ils s'en vont. Quand on est pauvre, on ne fait pas ce qu'on veut.

Boishardy pensait: «Le rustre s'est méfié, s'il n'a été prévenu. Mais je trouverai moyen, quoi qu'il fasse, de lui régler son compte.»

—Ce soir, continua l'enfant, ils m'ont dit: «Si l'on vient frapper, va ouvrir et n'aie pas peur. Rappelle-toi que, la nuit de Noël, les envoyés de Dieu courent les chemins.»

Fleur-d'Épine s'écria: