—Ohé! à bâbord! cria l'un des buveurs. Par ici, Yvon Floury!

Yvon Floury, le capitaine, eut un calme sourire et vint s'asseoir auprès de l'homme qui l'avait hélé. Celui-ci reprit:

—Puisque nous te tenons et que c'est veille de Noël, tu vas nous raconter cela tout au long.

—Quoi?

—L'histoire de la Jeanne-Augustine.

Yvon Floury demanda une mocque de cidre, passa son énorme pouce dans l'anse de la chopine et trinqua à la ronde avec les compagnons. Il but d'une seule lampée, puis, promenant sur les poils de sa moustache sa langue rouge, vibrante et mince comme celle d'un fauve:

—L'histoire de la Jeanne-Augustine, grommela-t-il. Il n'y a guère que moi, en effet, qui vous la puisse conter. De ceux qui étaient à bord, cette nuit-là, je crois bien que je suis le seul survivant…

—C'est pourtant juste!… Il y avait Alain Perrot, n'est-ce pas?

—Mon second: perdu «à Islande».

—Il y avait aussi Ludo Guilcher?