Elle était trop sinistre, cette litanie funèbre. Et dire qu'ils avaient été portés, tous ces noms, par de robustes gars aux poitrines superbes, taillés pour vivre cent ans! Et voici qu'ils ne surnageaient déjà plus que dans quelques mémoires, éphémères elles-mêmes, ou dans les brèves inscriptions des «perdus à Islande» qu'on déchiffre à peine sous les porches des vieilles chapelles, au long des côtes d'Armorique…

III

… Et les trois verres de brandy? demanda quelqu'un dans l'auditoire.

—Nous les vidâmes, répondit le capitaine; nous vidâmes même toute la bouteille… en récitant des De profundis. Nous savions les uns et les autres que c'était la dernière fois que nous trinquions ensemble.

Il ajouta:

—Voilà l'histoire de la Jeanne-Augustine.

Puis, après un silence:

—Vous avez eu tort de me la faire raconter. Je trouve à cette mocque de cidre le goût qu'avait, ce soir-là, le brandy…

LA CHOUETTE

Mathias Kervenno, patriarche mendiant, originaire de la forêt de Coat-an-Noz, entre Plougonver et Belle-Isle, m'a fait ce véridique récit.