Arrivé près du campement, j'attachai ma bête au montant d'une barrière et je pénétrai dans les ruines.

Alors, seulement, je m'aperçus qu'un vol immense de chouettes me suivait. Elles se perchèrent sur les branches d'alentour, fixant sur moi leurs prunelles blafardes qui ne me faisaient plus peur. Je remis le missel à son ancienne place, ébauchai un signe de croix en passant devant l'autel et m'en retournai vers la charrette. Je m'étais à peine éloigné d'une cinquantaine de pas que des chants s'élevèrent de la chapelle détruite, à la louange de l'Enfant-Dieu. En me retournant, je ne vis plus les chouettes; mais, parmi les décombres du sanctuaire, une foule agenouillée entonnait l'hymne de la Nativité et un prêtre à cheveux blancs se tenait, les bras étendus, en face du missel ouvert que lui présentait un acolyte.

… Hue! Dia!… Le cheval rassuré repartit au galop dans la direction de Belle-Isle. Les carillons de Gurunhuël, de Plougonver, de Loquenvel, de vingt autres paroisses encore se répondaient à travers la clarté laiteuse de la nuit, sous le scintillement avivé des étoiles.

Et j'arrivai à Belle-Isle à temps pour entendre la messe.

LE PUITS DE SAINT-KADÔ

I

Puns Kadô,—le puits de Saint-Kadô,—je le revois, en écrivant ces lignes, tel qu'il était aux jours de mon enfance, avec sa margelle basse, son parapet de pierres moussues et son vieux treuil qui poussait des gémissements presque humains, dans le silence du soir, à l'heure où les femmes du bourg, selon l'expression consacrée, «allaient à l'eau».

C'était une espèce de citerne carrée, peu profonde, creusée au milieu de la place. Dans une des parois s'ouvrait une haute niche, jadis décorée de la statue du saint. Cette statue, un beau jour, s'était effondrée de vétusté et de moisissure.

—Foi de Dieu! avait dit un loustic comme il y en a tant en Trégor, je ne m'étonne pas que saint Kadô ait donné sa démission… Ça n'est pas gai d'être le patron d'un puits. Il aura sans doute demandé à monter en grade et à devenir patron d'auberge!…

Ce fut toute l'oraison funèbre de la pauvre vieille image, sculptée aux temps anciens dans un tronc de hêtre par quelque pieux sabotier d'alentour. On songea bien à la remplacer, mais plus tard, lorsque la fabrique serait plus riche. En attendant, des ronces grimpantes, des fougères aux fines dentelles s'efforçaient de cacher de leur mieux la détresse de cette niche veuve, où les débris sacrés achevaient de pourrir.