Mais personne ne lui répondit.

—Ohé! Tignouz, ohé! Grida, ouvrez donc!… C'est moi, Joseph le Saint, de Kergouanton, avec Dall an Dribunêr. Laisserez-vous deux chrétiens mourir de la pépie?

Même silence.

—Hé! fit l'aveugle, ne vois-tu pas que le logis est vide? Ils sont tous en route pour la messe, mon cher… Ce que tu as de mieux à faire, c'est de continuer, toi-même, ton chemin. Tu te désaltéreras au bourg de Tréziny.

—Ouais, tous les cabarets seront clos.

—Tu en seras quitte pour t'abreuver au puns Kadô.

—Grand merci! Je ne suis pas, comme toi, de l'espèce des grenouilles.

—Parlons sérieusement, reprit l'aveugle d'un ton pénétré, avec, toutefois, une imperceptible nuance d'ironie. Tu as été obligeant à mon égard, je te veux payer de retour. Je vais te révéler un secret que je tiens de ma grand'mère, laquelle était une femme de sens, renseignée comme pas une sur les merveilles de la «nuit sainte»… Seulement, jure-moi d'abord que tu n'en abuseras point…

—Je jure tout ce que tu voudras. Voyons ton secret.

—Lorsque tu arriveras à Tréziny, toutes les auberges en effet seront fermées; les gens seront à l'église. Laisse ton équipage à l'entrée du bourg et dirige-toi vers le puits qui est au milieu de la place. Là, assieds-toi sur la margelle jusqu'à ce que tu entendes tinter la clochette de l'enfant de chœur, au moment de la consécration. Dès qu'elle aura commencé à sonner, ne perds pas de temps. Saisis d'un poing solide l'un des seaux et mets-toi à califourchon sur l'autre. Tu descendras ainsi tout doucement et tu atteindras sans peine la niche pratiquée dans le mur du fond. Tu m'as bien compris?