Moins d'un mois plus tard, on inaugurait à Tréziny une mirifique statue de saint Kadô drapée de violet et mitrée d'or. Toute la population assistait à la cérémonie. Ce fut une occasion de franches lippées et de grasses soûleries. Mais Joseph le Saint rentra chez lui, à Kergouanton, sans tituber. Depuis son aventure, il ne buvait plus qu'à l'auberge du Coûte-rien dont Dall an Dribunêr lui avait, le premier, appris la route.

Et aujourd'hui, quand il est question d'un incorrigible ivrogne, il se trouve toujours quelqu'un pour dire:

—Il faudrait l'envoyer à Puns Kadô s'abreuver de «vin de Noël.»

LE FORGERON
DE
PLOUZÉLAMBRE

A Mlle Finette.

Lorsque j'avais votre âge, mon amie, j'étais, ne vous en déplaise, un affreux galopin, toujours courant, toujours trottant, en quête d'aventures héroïques qui finissaient le plus souvent de la façon la plus sotte et d'où je sortais penaud, mais impénitent. Vous m'avez demandé de vous en conter une. Écoutez celle-ci qu'une rencontre récente m'a remise en mémoire.

I

C'était aux vacances dernières. Je passais par Plouzélambre. Imaginez une pauvre bourgade, la plus humble et la plus perdue: de vieilles maisons grises aux toits galonnés de lichens jaunes; quatre ou cinq auberges avec des enseignes d'une orthographe extraordinairement fantaisiste; un enclos plein de tombes, ombragé par des ifs presque millénaires; une église lamentable, à demi effondrée, ne tenant debout que par miracle, et, en face de l'église, l'école—une grande bâtisse fort laide, mais où, tout de même, autrefois, nous nous plaisions bien. J'en ai fréquenté d'autres, plus tard, qui, plus somptueuses, ne sont pas demeurées aussi chères à mon souvenir.

J'étais arrivé à Plouzélambre sur le coup des huit heures. Des écoliers, pareils à celui que je fus, entraient en classe, disposés sur une longue file, les mains derrière le dos, le sac de toile en bandoulière, tête nue et chantant. Le fracas sonore de leurs sabots sur les dalles retentissait en moi délicieusement et, parmi leurs voix claires montant à l'unisson, j'écoutais presque si je ne distinguerais pas la mienne. L'homme porte en lui une infinie puissance d'illusion: il avait suffi qu'autour de moi se reconstituât le décor familier de mon enfance, pour que je me crusse redevenu un enfant.

Un moissonneur descendait la rue, en corps de chemise, sa faucille sur l'épaule. Je l'arrêtai pour lui demander: