—L'instituteur, c'est bien M. Loarer, n'est-ce pas?

Je nommais mon ancien maître. Le paysan me dévisagea, un peu surpris. Puis, au bout d'un instant:

—Si je ne me trompe, nous avons ânonné ensemble sur les mêmes bancs. Tu dois être un tel. Moi, je suis le Bourdonnec.

Je lui sautai au cou et nous nous embrassâmes longuement.

—C'est singulier, fit-il, qu'après tant d'années on n'ait pas plus de peine à se reconnaître!… Je me suis souvent demandé, quand on causait de toi, chez nous, quel air tu pouvais bien avoir à présent. N'est-il pas étrange que tu sois exactement celui que je me figurais?

Je confessai en toute sincérité que, pour ma part, j'eusse difficilement mis, de prime abord, sur son visage robuste et hâlé le nom du petit Jouan Le Bourdonnec qui fut le premier et le plus aimé de mes compagnons d'études.

Il eut une de ces réparties profondes dont les paysans de Bretagne sont coutumiers:

—Nous, vois-tu, la vie des champs nous rend tous pareils… Mais, poursuivit-il, je n'ai pas répondu à ta question. Ne me parlais-tu pas de M. Loarer? Je vais te conduire à lui: nous n'avons, hélas! que l'échalier du cimetière à franchir.

Nous fîmes quelques pas dans une étroite allée, sablée de coquillages de mer; à droite, à gauche, des tertres verdoyants surmontés de croix peintes, racontant des vies obscures et d'humbles trépas; tout au bout, une tombe moins fruste, presque monumentale, taillée dans un bloc de granit rose.

—C'est ici, fit Jouan.