Et quand nous eûmes donné à la mémoire du vieux maître d'école un souvenir attendri:

—Tu vois que ses élèves lui sont restés fidèles. Les plus pauvres y sont allés de leurs quatre sous, pour qu'il eût une sépulture convenable. «Il faut, disaient-ils, que sa tombe soit aussi belle que celle d'un curé.» Le fait est que nous lui devions bien cela. Te rappelles-tu…?

Nous avions pris à travers le cimetière, pour sortir par l'autre côté. Et sur nos lèvres, tout en marchant, abondaient les évocations du passé. Le paisible champ des morts, baigné par l'éclatante lumière d'août, foisonnait de vie végétale. Des bourdonnements d'abeilles sortaient du calice des fleurs funèbres, et l'on entendait au loin, dans les campagnes ensoleillées, le ronflement d'orgue des machines à battre. De temps à autre, Jouan me prenait par le bras, me désignait une croix sur un tertre:

—Lis ce nom…

Et c'était quelqu'un de nos camarades d'antan, couché dans le grand repos, avant d'avoir accompli le meilleur de sa tâche. Une vague mélancolie me gagnait, et cependant j'eus toutes les peines du monde à retenir un éclat de rire, lorsque, à propos d'un des noms inscrits là, au lugubre registre d'absence, Jouan Le Bourdonnec me dit à brûle-pourpoint:

—Il était de l'histoire du symbole, tu sais?… Car tu te la rappelles, l'histoire du symbole?

Oui bien, je me la rappelais… Nous voilà de la reconstruire ensemble, pièce à pièce, en ses moindres détails.

Cela se passait aux âges déjà lointains où, sous prétexte d'apprendre aux petits Bretons le français, dont ils ne possédaient pas un traître mot, on leur interdisait, même aux récréations, de se servir entre eux de la seule langue dans laquelle ils fussent capables de s'exprimer.

Autant les condamner au silence.

Mais l'enfant a l'ingéniosité d'un sauvage.