—Ah! çà, par la barbe du roi Arzur, mon ancêtre, vous vous êtes donc tous donné le mot, dans votre satané quartier du Gollod?

—Quoi? quoi? Miliau de mon âme, qu'est-ce qu'il y a donc?

—Il y a que ton voisin Merrer sort d'ici et qu'avant lui il en est venu dix autres, également de tes environs, tous criant et clamant: «Une douzaine de fers à glace, Miliau, pour l'amour de Dieu!»… J'aurais les cent bras du géant Gawr, ma parole, qu'on ne me traiterait pas différemment… J'ai promis de servir les premiers arrivés. Les autres, eh bien! je leur ai indiqué l'adresse du diable dont la forge ne chôme jamais et dont les feux brûlent nuit et jour… Fais comme les camarades, mon garçon, si le cœur te dit.

Jouan Le Bourdonnec ne se démonte pas vite. Il s'assit sur l'escabeau de chêne luisant, près du foyer, et repartit d'un ton tranquille:

—Tu ne me feras pas cet affront, Miliau. Tu as travaillé pour mon père et même, je crois, pour mon grand-père. Tu ne voudras point que j'attrape peut-être ma mort à m'en aller à cette heure, à pied, dans la neige, acheter des fers tout faits—et mal faits—chez le maréchal expert de la rue des Juifs, à Lannion.

—Non, mais tu consens à ce que j'attrape la mienne à forger pour toi et pour tes compagnons, toute la nuit.

—Oh! toute la nuit!… Pour quelques douzaines de fers!… Ce n'est pas, je pense, Miliau Arzur, ancien forgeron breveté des lanciers de la Garde, qui parle de la sorte!… Ah bien! si ce maladroit de Tinévez, le maréchal expert, savait ça!… Il s'en ferait des gorges chaudes, et, du coup, il aurait raison de prétendre que tu vieillis.

—Te voilà encore avec ta langue de vipère, Jouan.

—Oh! il ne l'a jamais dit devant moi. Si grande qu'il ait la bouche, j'ai la paume assez large pour la lui fermer.

—Tu ne ferais que ton devoir. Les Bourdonnec peuvent, mieux que personne, attester ce que je vaux.