Il prit la faux et la coucha sur l'enclume. Tout en besognant, il questionnait l'homme.

—C'est drôle tout de même! Quelle idée avez-vous de vous promener avec cet outil, un vingt-quatre décembre, quand il y a sur la terre un pied de neige?

—Chacun son métier, maître Miliau.

—Oui, mais encore… vous ne me direz pas que le métier de faucheur soit un métier d'hiver?

—C'est pourtant la période de l'année où j'ai le plus à faire.

—Je ne voudrais pas vous désobliger, mais un autre que moi vous prendrait pour un farceur… Vous fauchez peut-être les ajoncs des landes ou les roseaux des marais?… Ça ne doit pas être lucratif!

Miliau riait maintenant, très amusé.

L'autre gardait son attitude immobile, son air mystérieux et figé. Il répondit:

—Il y a faucheur et faucheur, il faut croire. Moi, je fauche en tout temps.

—Et dans quel pays, s'il vous plaît?