*
* *
«A Rozvélenn, en Sizun de la montagne, vivait, il y a quelque vingt-cinq ans, un fermier du nom de Jean Bleiz, qu'on appelait encore Bleiz du Ménez, pour le distinguer d'un de ses cousins qui habitait le bourg.
«Je l'ai connu. C'était un homme laborieux et sage. Ses terres étaient les mieux tenues qui se pussent voir à dix lieues à la ronde. On disait de lui que le beau blé venait aussi aisément dans ses champs que la fougère dans les champs des autres. Le vrai, c'est qu'on eût fait bien de la route avant de trouver un travailleur aussi capable, aussi entendu.
«Mais son fils Noël, élevé à son école, lui était, il faut le dire, d'une aide singulièrement précieuse. Quel beau gars, solidement découplé! et si attaché à sa besogne! L'esprit sérieux, avec cela, trop sérieux même. Son père le morigénait souvent à ce propos.
«—Tu ne prends pas assez de bon temps. Tu réfléchis trop. Va donc aux pardons, avec les camarades, et danse, et amuse-toi.
«Lui souriait, se contentait de répondre doucement:
«—Que voulez-vous? Je suis comme je suis. Mon plaisir n'est pas où est celui des autres; voilà tout. D'ailleurs, je ne suis pas seul de mon espèce. Est-ce que Evenn, sous ce rapport, n'est pas tout mon portrait?
«Le vieux Jean Bleiz, alors, de conclure:
«—Ce qui me déplaît chez toi ne me plaît pas davantage chez ton Evenn.
«Mais, me demanderez-vous, qu'était-ce que cet Evenn?