—D'où venez-vous donc, dit-il, que vous ne connaissez point la complainte de la Charlézenn? Il y a beau temps qu'elle court le pays!

—Descends me la chanter et, pour récompense, je te donnerai un écu.

Elle avait à peine fini de parler que le garçonnet sautait à côté d'elle, dans la mousse.

… La Charlézenn si fort sifflait

Que chêne feuillu s'effeuillait…

Il débita la gwerze d'une haleine. Marguerite l'écouta jusqu'au bout, immobile, les mains jointes. Sur ses joues, des larmes silencieuses ruisselaient. Ainsi, c'était là l'idée qu'elle allait laisser d'elle au monde!

—Sais-tu qui a fait la complainte? demanda-t-elle à l'enfant.

—On prétend que c'est Pezr Guillou, de Lok-Mikel.

Elle se rappela qu'elle avait connu ce Pezr, autrefois, sur les bancs du catéchisme. Mais que lui avait-elle donc fait pour qu'il la maltraitât si injustement? Car ce n'était qu'un tissu de menteries, cette gwerze.

Elle ne savait pas, la pauvre fille, que fabricants de complaintes et faiseurs de vers se jouent, par vocation, au milieu d'un perpétuel mensonge.