«—Tu lui enverras nos bénédictions, s'écrièrent Jean Bleiz et sa femme.
«—Et nos souhaits de prospérité! firent les voisins, les valets de ferme, les servantes.
«Le jeune homme gagna l'écurie, suspendit son fanal au clou accoutumé, et là, dans la demi-clarté vacillante, il se mit à relire plus posément le grimoire de son ami, de son frère.
«Le vent d'ouest soufflait dans le pignon, par grandes haleines intermittentes, avec de brusques accalmies suivies d'une sorte de déchaînement sauvage… Or, voici qu'en relisant, peut-être pour la vingtième fois, il sembla à Noël que certains passages de la lettre revêtaient un sens nouveau, plus profond, plus mystérieux. Une phrase disait: «Les officiers prétendent que la guerre est sur le point de finir. Peut-être, quand te parviendra ce chiffon de papier, serai-je moi-même au moment de te rejoindre. Dieu fasse qu'il en soit ainsi!» Noël se prit à murmurer, après l'absent:
«—Dieu fasse qu'il en soit ainsi!
«Et à l'instant même, il eut le sentiment que cela allait être.
«L'ouragan s'était tu. Un silence effrayant régnait au dehors, une sorte d'attente angoissée. Noël tendit l'oreille: quelqu'un venait. Un bruissement presque imperceptible de pas remuait les fougères desséchées qui jonchaient la cour: et trois coups discrets, espacés de quelques secondes, furent frappés à la porte de l'écurie.
«Le cœur de Noël Bleiz battit avec force.
«Les chevaux, qui dormaient à demi, s'ébrouèrent, tournèrent tous la tête dans la même direction, vers l'huis de chêne qu'une lourde barre fermait.
«Noël demanda: