«—Eh! parle donc, que je te soulage!

«—Me soulager, tu le peux… Mais le voudras-tu?

«—Ah! çà, tu es Evenn Mordellès, je suis Noël Bleiz, et tu me poses une pareille question!

«—Si tu voyais clair, tu t'étonnerais peut-être moins.

«—Explique-toi, je t'en conjure. Qu'as-tu? Qu'y a-t-il?

«—Je t'avais fait le serment de revenir, Noël, je suis revenu… Vivant ou mort! avais-tu dit. Et j'avais juré: Vivant ou mort! Touche ces mains: elles sont glacées…

«—N'en dis pas plus, Evenn! j'ai compris!

«Et, tombant à genoux devant le fantôme de son frère d'âme, Noël Bleiz fondit en sanglots.

«—Avais-je raison, poursuivit le mort, quand naguère je te suppliais de m'épargner un tel serment?… Si tu n'avais pas eu cette idée funeste et si je n'avais eu la faiblesse d'y céder, je ferais à cette heure ma pénitence, là-bas, parmi mes camarades de la fosse commune, sous les étoiles du ciel d'Orient… Et tu ne serais point ici pleurant à mes pieds sur celui qui fut si content de partir à ta place, oui, de partir à ta place pour jamais!…

«Noël cependant s'était redressé, tout pâle.