«Je ne pus me défendre d'un frisson. Ouïr parler de funérailles, en rentrant au pays, n'est pas d'un bon présage… Mon compagnon était un tailleur, par conséquent un bavard. Nous causâmes des maisons où, bien souvent, nous avions travaillé ensemble, lui, de son aiguille, moi, de mon hoyau. Et insensiblement j'amenai la conversation sur les Garandel… Une joie vive m'inonda le cœur: Néa n'était point mariée!

«A Confort, nous nous séparâmes. Le tailleur avait à se rendre à Quemperven, toujours en qualité de messager funèbre. Je lui serrai la main avec une effusion dont il ne devait comprendre que plus tard le vrai motif, et, quand il eut disparu dans sa direction, je m'élançai à toutes jambes vers Mantallot… La vieille chaumine des Garandel, blottie dans son courtil, fleurait une fine senteur de sureau. Chez nous, les portes des étables ne sont jamais fermées à clef. Je pénétrai sans bruit dans la crèche aux vaches et m'allongeai sur la couette de paille où m'avaient visité naguère tant de beaux rêves. Les bêtes dormaient accroupies dans la litière. J'étais harassé, mais je n'eusse su clore l'œil: j'avais trop hâte de voir Néa. A la pointe de l'aube, les coqs chantèrent. J'entendis à travers le mur des allées et des venues dans la maison. Alors je me levai et je sortis pour gagner le seuil de la demeure où respirait ma douce. Et je la vis, cette douce, je la vis debout près de l'âtre, en chemisette et en jupon du matin, peignant devant un morceau de miroir cloué au manteau de la cheminée sa longue chevelure blonde qui pendait. Je dis, du ton le plus calme qu'il me fut possible:

«—Bonjour, Néa Garandel!

«Elle tressaillit, devint toute blanche, et, rassemblant ses cheveux d'un geste rapide:

«—C'est donc vous, Laurik Cosquer! fit-elle.

«Nous n'échangeâmes point d'autres paroles. Le vieux Jozon, l'ancien soldat de l'Empereur, me hélait joyeusement du fond de son lit clos.

«—Çà, matelot, viens que je te donne l'accolade!

«Et, derrière lui, contre la muraille, se montra la figure accueillante et vénérable de Fanta, soulevée sur son séant et murmurant de sa voix musicale:

«—Dieu te garde, Laurik!

«Avec un sourire, elle ajouta: