Et, remarquant la fenêtre ouverte:

—Vous voulez donc vous tuer?… Ignorez-vous que la fraîcheur peut vous être mortelle?

Elle eut un sourire énigmatique:

—Oh! fit-elle, le grand air me connaît… Je suis née sous une tente, messire Guillaume, une tente dont les lambeaux mal assujettis claquaient au vent des steppes. Et j'ai grandi au hasard des routes… Savez-vous ce qu'elle disait la première chanson que j'aie retenue? Écoutez-la d'abord: je vous la traduirai ensuite.

Elle se mit à chanter dans la langue des Romanichels. Sa voix, forte et pure, éploya ses ailes, se balança, comme un oiseau qui prend son vol. Et, dans le silence du crépuscule de Bretagne, devant le pacifique décor des bois et des collines sur qui commençait à planer la solennité muette de la nuit, la musique de cette voix étrangère avait quelque chose de mystérieux et d'inquiétant.

—Vous rendriez jalouses les sirènes de la mer, dit l'intendant subjugué.

—Le sens est celui-ci, continua la marquise:

Le monde est grand: plus grand que le monde est le rêve;

Le ciel est vaste: plus vaste que le ciel est le désir;

Les roues des chariots ont grincé; le chef a dit: «En route!»

«En route!» répète la tribu. Il faut aller, aller sans trêve.

Les passereaux ont des nids; les hommes éphémères se bâtissent des demeures;

Mais la race, fille de l'air, comme l'air mouvant est mobile;

Le vent la soulève: elle part. Le vent la chasse devant lui;

L'ancienne cendre n'est pas éteinte, qu'elle allume un foyer nouveau;

Ne t'attache à rien, tout est périssable… Il faut aller, il faut aller…!

Elle répéta d'un ton résolu et comme s'intimant à elle-même un ordre:

—Oui, il faut aller!