De jour et de nuit, par vent, grêle ou soleil, il se multipliait à travers sa paroisse. Il baptisait ici, confessait là, extrémisait plus loin, se prodiguait à tous, arpentant les routes, franchissant les talus, de ses longues jambes infatigables, sous les déguisements les plus variés, tantôt maçon, tantôt ménétrier, tantôt colporteur, cachant le pain-chant d'une hostie entre les pages d'un livret de sans-culotte.

Il disait parfois avec une pointe d'humeur sacerdotale:

—Mon remplaçant assermenté n'a vraiment pas grand'chose à faire, grâce à moi… Il devrait, au moins, me rendre le service de soigner en mon absence mes rosiers…

Le vieux prêtre errant et sans abri ne regrettait de son presbytère qu'une admirable collection de rosiers, le seul luxe qu'il se fût jamais permis… Il souffrait de la voir négligée par celui qui occupait actuellement son ancienne et chère demeure.

Un jour, il ne put se tenir de pousser la porte vermoulue de l'enclos contigu au cimetière et servant de jardin presbytéral. Il entra, la serpe en main, trouva son «confrère» qui lisait au frais, vautré dans l'herbe folle, foisonnante comme en pleins champs.

—Tu as là une superbe plantation de rosiers, citoyen curé.

—Possible! fit l'autre, indifférent.

—Oui, mais si tu n'y prends garde, chacun de ces sujets menace de retourner à sa nature primitive de sauvageon.

—Ah!

—Parole de jardinier.