—Que veux-tu que j'y fasse?
—On les taille, parbleu!… Il y a dans le nombre, à ce que je vois, des variétés qu'il serait criminel de laisser perdre…
—Tu prêches pour ton saint.
—Eh bien! non, citoyen-curé… La preuve, c'est qu'avec ta permission je vais te les tailler pour l'amour de l'art, tes rosiers…
Hip! Houp!… Les branchettes stériles furent élaguées, Dom Karis s'éloigna content, et, l'été d'après, les roses fleurirent…
Tel était l'homme au devant duquel s'acheminait Jean Derrien, le meunier de Keryel.
Ils se joignirent à quelques pas du tronc rustique où les pèlerins, de nos jours encore, ont coutume de déposer leur offrande en mettant le pied sur la «terre de sainte Thècle», avant de s'engager dans la sente qui, à travers prés, conduit jusqu'à la chapelle.
Pour tout autre qu'un de ses fidèles paroissiens, Dom Karis eût été littéralement méconnaissable.
Un feutre aux bords jadis retroussés, mais amollis et pendants par suite d'un long usage, par suite aussi des fréquentes inclémences du ciel breton, prolongeait une ombre propice sur sa figure émaciée, toute brûlée et comme tannée au grand air. Une barbe hirsute lui mangeait les trois quarts du visage. Ses pieds nus étaient chaussés de sabots bourrés de paille de seigle. Une veste en peau de mouton lui couvrait tant bien que mal les épaules, et ses braies en toile, rapiécées de morceaux des nuances les plus diverses, étaient retenues par une corde autour de ses reins. Il portait en bandoulière son bissac de «quêteur d'aumônes».
—Comme vous voilà équipé, monsieur le recteur! s'écria joyeusement le meunier.