—Chut! fit le prêtre, dehors appelle-moi Yann Divalo.
—Oh! une fois dans les prés du moulin de Keryel, il n'y a plus rien à craindre…
—C'est ce qui te trompe, interrompit vivement Dom Karis… Mais d'abord, rentrons. Je te dirai ensuite de quoi il retourne.
Quand il fut installé dans le fauteuil du maître, au coin de l'âtre, devant l'énorme flambée pieusement entretenue par les soins de Mar'Yvonne, il commença:
—Vous êtes ici dans un fond retiré, et le tic-tac de votre moulin vous empêche d'entendre les bruits du dehors… Mais moi qui cours les routes et dont c'est maintenant le métier d'être sans cesse aux aguets comme un sauvage, j'apprends les nouvelles… Elles sont mauvaises… Un bataillon d'Étampois fouille en ce moment le pays. Ce sont des barbares, des hommes sans foi ni loi. Ils saccagent, ils brûlent, ils tuent. Ils brisent à coups de marteaux les statues des saints, ils font de la pierraille avec nos christs, mais leur grande joie est de mettre la main sur un prêtre réfractaire… Il paraît qu'à quelques lieues d'ici ils en ont rôti un, comme un simple cochon de lait… Je pense toutefois qu'ils n'en ont pas mangé… Or, ces brutes ont mon nom et ils me cherchent. Un de leurs détachements vient d'arriver à Ploubezre. Ce matin, je me suis approché du chef, en lui demandant la charité. Il m'a pris au collet, m'a secoué et m'a dit:
«—Découvre le gîte où se terre le ci-devant Dom Karis, et tu toucheras un assignat de mille francs!
«J'ai répondu:
«—Ah! si j'avais su ça plus tôt!… Mais les gueux comme moi ont du flair. Je retrouverai peut-être la piste.
«—A la bonne heure! a fait l'homme; en attendant tiens, bois-moi ça.
«Il me tendait une pleine écuellée de vin. Je l'ai vidée à sa santé.