Un troisième:

—J'ai promis mariage à Loïzaïk la couturière. C'est de quoi payer notre noce.

La plupart, grisés par cette fortune, n'aspiraient qu'à en jouir au plus tôt. Trois ou quatre seulement s'étonnèrent, regardèrent Margéot avec des yeux où la stupeur était mêlée de courroux.

—Pourquoi nous renvoies-tu? demanda l'un d'eux.

—Je ne vous renvoie point, vous, répondit Margéot. Il me plaît au contraire que vous restiez près de moi. Mais ceux qui se tiennent pour satisfaits, qu'ils s'en aillent!

Et il les congédia d'un air hautain.

Demeuré seul avec les autres, il sortit de sa longue houppelande verdâtre le papier crasseux sur lequel il avait rédigé son plan d'avenir.

—Or çà, dit-il, Pipi Luc, Cloarec Chevanton, Fanch Ann Tign, et toi, notre ancien à tous, Gohéter-Coz, vous êtes de francs gaillards. Puisque votre avis est que nous continuions à travailler ensemble, topez là. Je suis votre homme. Mais d'abord entendons-nous bien. De nos équipées passées il ne saurait plus être question. Je veux finir dans mon lit, honorablement, et non pas épouser «Marie-Guillotine» à l'article de la mort. Le sage doit changer d'habit selon le temps. Nous serions des sots de nous obstiner à vouloir gagner notre vie dans les douves des grands chemins. Il y a désormais trop de gendarmes. Je ne vois plus pour nous qu'un métier…

Margéot s'interrompit un instant. Les quatre truands dressèrent l'oreille.

—C'est un métier paisible, reprit-il, et qui, pour être bien fait, n'exige qu'un peu de force et beaucoup d'adresse. Les profits sont grands, les risques légers. Pas de relations incommodes avec la gendarmerie. Tout au plus quelques explications, à de rares intervalles, avec les gabelous qui sont gens faciles à convaincre…