Un matin, Gohéter-Coz, après avoir remisé sa charrette dans la grange de Kercabin, s'en vint d'un air soucieux trouver le maître.

—Quoi donc? demanda Margéot. Ton voyage s'est-il fait à vide, que tu aies si mauvaise figure?

—Je t'apporte au contraire un fût bien plein, un énorme foudre de gin qui a failli défoncer la voiture.

—Et c'est cela qui te rend maussade?

—Pas précisément.

Gohéter tenait dans sa dextre sa pipe éteinte, une vieille pipe crasseuse aussi noire que son âme. A petits coups, il heurtait le fourneau renversé contre la paume de sa main gauche. Lorsque le culot se fut enfin détaché il continua:

—Je ne sais: mais, depuis quelques jours, je me croise en route avec un bonhomme qui ne me dit rien de bon.

—Tu ne le connais pas?

—Non. C'est un nouveau-venu dans le pays. Mais ou je me trompe fort, ou c'est un ambulant[11].

[11] On appelait ainsi des douaniers qui, le jour, portaient des vêtements bourgeois et qui étaient comme la police secrète de la douane.