—Monsieur, répondit-il, je soupçonne fort cette maison d'être un dépôt de recel pour des marchandises de contrebande. Pas plus tard que ce matin, il a été transporté un foudre d'alcool. Je me vois dans la nécessité de procéder à une perquisition domiciliaire. Je vous serai reconnaissant de me faciliter cette tâche; au besoin, je vous en requiers.
—Je croyais que ma maison et moi devions être au-dessus de semblables soupçons, dit Margéot. Ce n'est pas d'hier que j'habite le pays. Je n'y suis pas, comme vous, un nouveau venu. Faites, monsieur. Toutes les portes vous sont larges ouvertes. Mais d'abord, je vous prie, commencez par cette pièce.
Cette pièce, c'était la vaste salle à manger du château.
A peine Margéot en eut-il poussé les battants que le sous-patron s'arrêta, interloqué. D'un geste machinal, il se découvrit.
Au milieu de la salle, un grand catafalque était dressé. Les lignes du cercueil se dessinaient sous le drap mortuaire aux plis amples dont les franges traînaient à terre. De vieilles femmes étaient agenouillées de-ci de-là; l'une d'elles récitait les longues prières de la mort, les autres marmonnaient les répons.
—Voulez-vous que je renvoie momentanément ces femmes? demanda Margéot d'un ton pénétré.
—Non, monsieur, répartit le douanier. C'est chose sacrée que la mort. Je n'ai rien à voir ici.
Il fit néanmoins quelques pas dans l'appartement, mais ce fut pour prendre la branche de buis qui trempait dans une assiette pleine d'eau bénite, au pied du catafalque, et pour en asperger le drap funéraire.
—Merci, monsieur, prononça Margéot. Celui à qui vous venez de rendre cet hommage fut le plus loyal des serviteurs. Je le vénérais à l'égal de mon père.
Sur les joues du maître de Kercabin deux larmes coulèrent lentement.