—Si. Presque vrai!... Du reste, n’aie pas peur: on ne les voit jamais; on devine qu’elles sont là, voilà tout.

Marie Galande était rêveuse, inquiète de nouveautés qu’elle n’avait pas prévues et qui transformaient son idée de la nature. Une sorte de panthéisme vague naissait, peu à peu, dans son esprit, l’émerveillait et le troublait. Elle toucha l’écorce d’un bouleau, avec précaution, comme si elle avait soin de ne pas le blesser; et sa main se fit caressante, afin de témoigner aux arbres qu’elle était émue d’amitié pour eux. A ce contact, on eût dit qu’elle s’exaltait davantage. Sa robe se prit à des ronces et y laissa de pauvres effilochures. Elle cueillit des feuilles et les mit à ses cheveux.

Elle s’inclina vers de fines mousses; elle en arrachait de petites touffes et sur ses joues les appuyait. Elle trouva parmi l’herbe de minuscules fleurs, jaunes et bleues, et s’attendrit en son cœur de leur débilité. Elle brisa des tiges vertes, les pressa entre ses doigts, en fit fluer la sève de lait blanc. Longtemps elle joua dans la minutie nombreuse des végétations, les dévastant et enfonçant ses doigts jusqu’à la terre humide, dont la fraîcheur lui plut. Elle avait oublié Siméon, qui, sans bouger, la regardait en communion secrète avec la nature.

Puis elle se dressa, secoua d’un hochement de tête ses cheveux enchevêtrés de feuilles; animée de soudaine ardeur, elle bondit comme un chevreau qui s’égaye. Elle courut par le chemin, revint sur ses pas, s’arrêta, rieuse, un peu folle, devant Siméon, repartit, revint, et cela maintes fois, les bras écartés, arrondis. A chaque fugue, elle s’avançait plus loin, ses retours étaient plus joyeux, son visage plus coloré, ses yeux plus brillants.

Hardie, elle poussa jusqu’à la lisière du bois. Là, elle vit, de cette hauteur des collines, la plaine immense, illuminée de grand soleil. C’était trop vaste: elle en fut décontenancée. Son allégresse tomba. Ses bras devinrent mous et pendirent. Elle s’immobilisa, un instant, comme si s’ébauchait en son esprit quelque pensée. Et puis, elle y renonça: elle se tourna vers Siméon, sourit timidement, l’appela, comme pour implorer son aide en présence de cette étendue où se perdait sa rêverie.

—Tu aimes ce paysage?—lui demanda-t-il.

—Je ne sais pas,—répondit-elle:—j’aime mieux les arbres et l’herbe. Ça, c’est trop loin.

Elle s’assit. Avec son mouchoir, elle essuya son visage en sueur. Elle n’était plus la petite dryade frénétique de tout à l’heure; elle avouait qu’elle avait chaud, qu’elle se sentait un peu fatiguée. Elle ouvrit son col, le rabattit, et défit même deux boutons de son corsage; et Siméon vit la blancheur de ce cou flexible. Il recommandait:

—Ne prends pas froid, petite folle!