Et elle?... Et elle—n’est plus là!... Son fantôme? Non plus! Ce n’est point elle ni seulement son fantôme, cette indistincte silhouette qui, par instants, se dessine et, maladroite, singe les jolis gestes abolis, et puis s’évanouit sans avoir remué une feuille ...
Marie Galande!... Siméon la désire et l’appelle ... Rien, rien! C’est fini de Marie Galande.
Et Siméon, tandis qu’il s’en retourne, songe au cimetière et à la fosse lugubre où se corrompt le cadavre. Et en lui-même, dans son esprit, il sent qu’une autre fosse est close où se corrompt, se desagrège et tombe en pourriture le cadavre du souvenir. Et il oublie Marie Galande; mais il lui reste l’épouvante et le dégoût d’être la sépulture infâme qui ne garde pas son dépôt.
V
PICRATE ET SIMÉON
Siméon, quelque temps, resta sous le coup de la douleur qui l’avait assailli. Son esprit continuait à frémir d’horreur. Des cauchemars, en plein jour, le harcelaient.
Mais il résolut d’en finir avec ces mauvaises alarmes. Il monta de nouveau sur le siège de son fiacre, tint les guides et mania le fouet, et conduisit de rue en rue le vain désir des gens.
Il lui sembla qu’un intervalle immense et vide séparait son existence en deux: le jadis et le maintenant,—le jadis lointain, reculé brusquement et qui laisse un trou à la place qu’il occupait, et ce ridicule aujourd’hui qui émerge on ne sait d’où, qui n’est pas un lendemain, qui surgit et qui choque par sa réalité crue.