»—Maître, quand vous avez choisi Platon pour l’objet de vos études, est-ce le philosophe ou le poète qui vous tenta?...

»Il me répondit:

»—Ce n’est ni l’un ni l’autre, mais un texte à corriger. D’ailleurs, il ne s’agit pas, en l’occurrence, de tentation, veuillez le croire: ces besognes auxquelles nous consacrons notre vain loisir n’admettent nulle concupiscence, même spirituelle.

»Un jour, il ne vint pas. Je crus l’avoir importuné par mes questions. J’en conçus un vif chagrin. Le jour suivant, il m’apprit qu’il avait dû, la veille, aller chez son médecin: ses yeux étaient plus malades.

»—C’est une merveille!—s’écria-t-il;—le médecin voudrait m’interdire l’usage de mes yeux: il prétend ainsi me les conserver jusqu’à la fin de ma vie, à condition que j’aie la bonne grâce, évidemment, de ne me pas éterniser!...

»Je m’affligeais. Il reprit:

»—L’homme de l’art pose cette alternative. Si je m’engage à ne lire que mon journal, vingt minutes tous les matins, je garde assez de vue pour me vanter de ne pas être aveugle; si je m’obstine à mon travail, c’est une affaire réglée: dans six mois,—un, deux, trois, quatre, cinq, six,—le noir!

»Je m’écriai:

»—Maître, maître!...