»—Évitons l’emphase et méfions-nous de ces grands mots abstraits auxquels on met des majuscules: car ils sont, en général, très pauvres de signification. Qu’est-ce que la Science? Il existe des sciences nombreuses, qui diffèrent les unes des autres par leur méthode et par leur objet. Chacune d’elles a ses infirmités. Surtout je n’aperçois aucune raison de penser qu’elles doivent jamais se réunir pour former un tout cohérent: la Science. Il faudrait supposer que chacune d’elles se puisse achever parfaitement et que leur totalité corresponde à la totalité de ce qui est. Le hasard serait prodigieux!... Laissons de côté la Science et les illusions de la petite Iphigénie.
»—Maître, vous ne croyez pas à la Science?
»Sans élever la voix, du même ton qu’il avait pour me dire bonjour ou constater que deux heures allaient sonner, il me répondit:
»—Non.
»J’argumentai:
»—Alors, pourquoi lui sacrifier vos yeux, votre vie?...
»Je n’obtins plus un mot de lui, ce jour-là. Il se mura dans ce silence auquel je m’étais heurté déjà.
»Picrate, c’est alors qu’une catastrophe étonnante bouleversa le monde des philologues. Il faut que je te la raconte, puisqu’elle eut sur ma destinée une véritable influence. Elle fut terrible; et si je suis prêt à la trouver, avec toi, un peu comique maintenant, c’est que les choses, à distance, perdent beaucoup de leur gravité.
»Voici. Un jour, à l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, un jeune helléniste des plus distingués annonça une grande et bonne nouvelle. Un savant anglais venait de découvrir, au cours de fouilles qu’il pratiquait en Égypte, à Gurob, un papyrus qui contenait un texte fragmentaire du Phédon.