—Marie-Galante, du moins.

—Galante ou Galande, moi, ça m’est égal ... Je suis une enfant trouvée. On m’a ramassée rue Galande, proche Notre-Dame. Alors, on m’a nommée Marie Galande, pour rire, il faut croire. C’est rigolo, j’y pense quelquefois, à cette île!...

—Tu fais bien!—reprit Siméon.—C’est une île très mémorable. Elle vit une aventure merveilleuse, il y a cinq siècles passés ... Imagines-tu cela, cinq siècles? Suppose que vingt-cinq petites filles comme toi vivent l’une après l’autre, l’une survenant quand l’autre est partie, le temps que tu as vécu: voilà cinq siècles à peu près. Eh bien! avant la naissance de ces vingt-cinq petites filles, une nuit, Marie-Galante,—l’île, par delà les Océans,—vit approcher une petite lumière, presque au ras de l’eau, toute petite et si vacillante qu’à chaque instant il semblait que les vagues allaient la mouiller et l’éteindre. Elle sautait et s’enfonçait et revenait à la surface ... C’était une lanterne qu’avait mise au mât de sa barque fragile Christophe Colomb. Marie-Galante, après le terrible voyage, lui fut hospitalière, et, en reconnaissance, il lui donna le nom de sa barque, la plus précieuse chose qu’il eût, la Sainte-Marie ...

—Il n’a pas fait naufrage?

—Non ... Que veux-tu?...

—C’est loin, dis? Et on y est nègre?

—Très loin, si loin que je ne sais pas t’expliquer ces distances!... Loin dans l’espace comme, dans le temps, l’histoire que je t’ai racontée ... Et il y a des nègres, en effet ...

—Tous les nègres viennent de là?

Picrate riait. Elle se fâcha et dit: