Il y a de longues années aussi que la maladie empêche Henri Duparc d'écrire.

Et ainsi, l'admirable promesse qu'était le génie de ces trois élèves de César Franck, si différents entre eux, si variés, si allégrement créateurs, cette promesse abondante, opulente, le sort n'a pas voulu qu'elle réalisât toute sa plénitude.

De telles aventures sont douloureuses. Elles sont, en outre, gênantes pour nos idéologues évolutionnistes. La musique française contemporaine aurait sans doute évolué autrement, si ces trois musiciens avaient eu leur destinée normale et leur efficacité. Les philosophes qui épiloguent sur les fameuses lois de l'histoire ne tiennent pas compte des hasards et de leurs déraisonnables caprices.


Je n'ai connu Charles Bordes que tardivement.

On était d'abord attristé de le voir, si chétif et blessé, sa main gauche tout à fait morte, sa jambe gauche qui se faisait traîner, ses yeux qui ne remuaient pas ensemble. On le croyait effaré. De noir vêtu, avec un col bas, une cravate noire et, souvent, une redingote boutonnée de façon quasi religieuse, il avait l'air d'un clerc humble et doux.

Ses cheveux courts et qui n'étaient pas coiffés, sa courte moustache noire et, dans toutes ses manières, quelque chose de mélancoliquement craintif et résigné: on allait avoir pitié de lui; mais la dignité de son attitude imposait. Dans cette extrême faiblesse du corps, il y avait visiblement une vive énergie de l'esprit. Il semblait pauvre et, avec tant de naturelle modestie, si fier! Il était, comme le saint charmant d'Assise, lui aussi le Poverello,—oui, le Poverello de la musique.

On s'attristait d'abord; et puis, non.

Un de ses amis, son plus parfait ami,—et qui fut, pour lui, si gentiment bon que l'on n'ose pas le nommer,—me disait:

—Ne plaignez pas Bordes; il est très heureux!...