Être parfaitement naturel, cela suppose maintes vertus, et des plus jolies. Cela suppose, en outre, qu'on peut l'être sans rougir. Et l'on n'est point cynique, non plus. On est charmant, avec simplicité.
Les personnes qui ne sont pas occupées de littérature et qui manquent pourtant de naturel méritent des reproches. Mais un littérateur ou, d'une façon plus générale, un artiste qui reste naturel a remporté une belle victoire sur de grandes difficultés. L'art est une si drôle de chose!...
Et, faute d'habitude, parce que l'occasion n'est pas fréquente, on éprouve une sorte de timidité émerveillée à dire d'un littérateur:—Dans la tristesse comme dans la gaieté, et qu'il songe amèrement, ainsi que les temps l'y engagent, ou bien qu'il s'abandonne à la douceur de la vie, qu'il soit dans ses belles heures étincelantes d'esprit, de fine humeur, d'exquise plaisanterie, ou que sa mélancolie le tourmente, à aucune minute on ne peut l'apercevoir différent de lui-même et s'efforçant en quelque manière. Il ne se montre pas, il ne se dissimule pas: on le voit.
C'est le caractère qu'on trouve d'abord à l'œuvre de Jules Lemaître. Avec tout l'art possible, avec une délicate ingéniosité, il ne cherche qu'à rendre sa pensée de la façon la plus analogue à cette pensée même. Les phrases, les jolies phrases qu'il fait, ne sont pas un ornement, une parure vaine pour l'idée; souples, elles suivent tous les contours de l'idée, elles l'accompagnent, elles y adhèrent et elles n'ont pas d'autre office que de la révéler...
Que je t'aime dans cette robe
Qui te déshabille si bien!...
Quand il a trouvé, quand il a justement agencé les mots qui parlent ou chantent selon la voix même et le rythme de sa pensée, il est content.
Il veut que son art, à son exemple, soit naturel. Peut-être ne déteste-t-il vraiment que les sentiments guindés et les propos menteurs. Pour les formes diverses que prend la sincérité des hommes et des femmes, il a ou de la tendresse ou de l'indulgence.
Aucune intelligence n'a été plus capable de tout comprendre et, ne disons pas de tout admettre,—car il a, mieux que des préférences, des exigences très nettes,—mais de tout expliquer. A cause de cela, on a quelquefois cru qu'il était un sceptique; sait-on si lui-même, un peu de temps, ne l'a pas cru?... Et puis on a bien vu que non; il le vit lui-même, et peut-être avec douleur.