Dans une lumière de printemps et telle qu'il n'y en a pas de plus jolie et claire aux bords heureux de l'Ilissos ou du Céphise, Jean Moréas fut conduit au cimetière. Ses amis et la troupe nombreuse de ses admirateurs allèrent le chercher à Saint-Mandé, dans la maison de santé où il est mort après des jours d'étrange et fière sérénité. Dans le jardin tout plein de soleil, en l'attendant, ses intimes racontaient comment, deux semaines durant, près de succomber, il s'entretenait avec eux, doucement, de sa perpétuelle et inlassable passion, la littérature. Il ne songeait qu'à elle, récitait des poèmes de Ronsard, de Malherbe et de lui; et il semblait un sage de la Grèce ancienne qui, sans résister contre le destin, ne rêve plus que d'embellir aussi les heures funèbres et de les enchanter.

Au cimetière, une fumée, soudain, s'éleva. Et nous nous récitions à nous-même les stances:

Compagne de l'éther, indolente fumée,
Je te ressemble un peu:
Ta vie est d'un instant, la mienne est consumée,
Mais nous sortons du feu.
L'homme, pour subsister, en recueillant la cendre,
Qu'il use ses genoux!
Sans plus nous soucier et sans jamais descendre,
Évanouissons-nous!

La légère fumée se dissipa dans la clarté d'un soleil digne de l'Attique lumineux.


[ALBERT VANDAL]

Son corps léger n'était animé que de la flamme spirituelle. Il réalisait ce miracle fragile d'une âme ardente qui se manifeste sous une débile apparence. Il était, ainsi qu'on l'a dit de Joubert, une âme qui a trouvé un corps et qui s'en arrange comme elle peut.