D'ailleurs, sa certitude, il ne la démontrait pas: il l'affirmait. Il écrivait: «Je le jure!» C'est le mysticisme qu'il y a dans toute doctrine, et dans la sienne. Il la défendait, quelquefois, en logicien, plus souvent en homme d'honneur; et il posait volontiers la question de confiance.

Il fut maire, de la façon la plus sérieuse. Mais la politique ne lui apporta que déboires.

Et il écrivait encore: «Ça ne fait rien. J'ai le temps... L'homme de lettres n'est jamais battu et il trouve partout son trésor.»

Mais, si Jules Renard eut des opinions politiques, sociales, philosophiques ou autres, l'historien de la littérature contemporaine n'en saura rien, pourvu qu'il se contente d'étudier l'œuvre de cet écrivain, sans tenir compte d'anecdotes, car un temps viendra peut-être où la critique littéraire s'occupera de son affaire et non pas de tout le reste. Eh bien, l'œuvre de Jules Renard est, si je ne me trompe, étrangère à la politique, à la sociologie et, comme on dit, à la philosophie de notre époque.

Jules Renard accordait à la littérature un soin religieux; il ne se croyait pas dispensé d'écrire par le prétexte de ses opinions. Radical ou socialiste, il écrivait comme les réactionnaires auraient le devoir de le faire, s'ils comptaient parmi nos précieuses et nobles traditions le bel usage de la langue française.

Il suivait le précepte de Quintilien: Grammatices amor vitae spatio terminetur; «que ton amour de la grammaire soit limité au terme de ta vie». Il n'y a pas de meilleure devise, pour un écrivain; et, ensuite, on a du génie, par surcroît, si l'on peut. Mais on n'est pas responsable de son génie, tandis que, si l'on bâcle ses phrases, on est un mauvais ouvrier, un saboteur de ses outils.


Jules Renard fut, en son genre, un écrivain parfait. Ou bien, si l'on veut, nous n'avons guère d'écrivains chez qui la corruption du langage français soit, à notre époque, moins visible.