À Roger VITRAC
Bientôt les jardins seront sur nous comme des phares
D'énormes bulles crèveront à la surface des étangs
Seules quelques cristallisations emblématiques parmi
lesquelles le pendule de sang et les cinq charbons blancs
Témoigneront que le ciel est encore sensible
Il y aura aussi un ruban magnifique
Enroulé mille fois autour des beautés abstraites naturelles
Ô mes amis fermons les yeux
Jusqu'à ce que nous n'entendions plus siffler les serpents
transparents des directions
Aussi vrai que nous vivons en pleine antiquité
Dans chaque rayon de soleil il y a une lucarne et à chaque
lucarne peut apparaître la Gorgone
Déjà nous avons assisté aux migrations de nos mains
Immobiles au bord d'un fleuve nous regardions passer le
travail à tire d'ailes
Comme d'autres apprennent à vider sans bruit les poches de
leurs vêtements suspendus et garnis de clochettes
Quand nous levons la tête le ciel nous bande les yeux
Fermons les yeux pour qu'il fasse clair où nous ne sommes pas
Là trompant l'impossible étoile à une branche
Nous danserons comme le feu parmi les paillettes de
nous-mêmes
Et ce sera toujours
Nous passerons des ponts surprenants
Nous verserons dans des vallées de larmes
À la longue les cygnes ne répondrons plus de nous
De nous qui retournons aux formes idéales
Avec qui les saisons iront au plus pressé
Et qui les premiers forcerons le danger
Magique sur sa corde inexistante
Pour nous servir à prendre des chemins de traverse
[TOUT PARADIS N'EST PAS PERDU]
À Man RAY
Les coqs de roche passent dans le cristal
Ils défendent la rosée à coups de crête
Alors la devise charmante de l'éclair
Descend sur la bannière des ruines
Le sable n'est plus qu'une horloge phosphorescente
Qui dit minuit
Par les bras d'une femme oubliée
Point de refuge tournant dans la campagne
Dressée aux approches et aux reculs célestes
C'est ici
Les tempes bleues et dures de la villa baignent dans la nuit
qui décalque mes images
Chevelures chevelures
Le mal prend des forces tout près
Seulement voudra-t-il de nous
[MA MORT PAR ROBERT DESNOS]
Le jeudi suivant les académiciens occupés au dictionnaire
L'œil vitreux des hirondelles de bas-étage
Un jardin aux parterres d'explosions
C'était à la veille de ***
Sur l'écorce des marronniers les mots À suivre
On parait on se contentait de parer
Jamais la religion au secours de l'opinion
Ne s'était à ce point commise
Dans une cabine de bains
J'entrais avec la Vierge en personne
Sachez que le baril de poudre Le Penseur
Durant la nuit avait été hissé
Au sommet de la Trinité
Je reviens au même
Les individus sont des crics
Et je me balance sans cesse en arrière de moi-même
Pareil à la suspension de la peur
Ma course est celle de cinq jockeys
Le premier bute sur ma tête
Loin des tribunes
Là où les haies sont remplacées par des avalanches
Le second part seul
Le quatrième pousse à la consommation des noix de coco en
guise de cierges
Mais le sixième virtuel
Dans la glace de mes jours impossibles
Ressemble à une patte de renard
Je m'arrache difficilement à la contemplation des sourcils
Au vert des sangs et des mines
À l'apparence humaine qui dissémine
Plus j'aime plus je suis aimé des bois où le cerf dans le serpolet
Se signe à connaître que veux-tu
Descendre estimer mourir
Puis l'élément femelle croix des inquisiteurs